Mali : pourquoi Assimi Goïta a désigné le général Élisée Jean Dao à la tête de l’armée

Près de deux semaines après l’offensive conjointe du FLA et du Jnim, le chef de l’État malien a nommé un nouveau chef d’état-major des armées. Une refonte de l’appareil sécuritaire qui intervient alors que la junte, fragilisée, assure vouloir repartir à l’offensive.

jad20260507-ass-mali-nomination-elisee-jean-dao-chef-armees© Le général Élisée Jean Dao a été nommé au poste de chef d’état-major des armées le 6 mai 2026.

Les faits. Le chef de l’État malien a nommé Élisée Jean Dao au poste de chef d’état-major des armées, mercredi 6 mai. L’officier, qui était jusque-là général de brigade, a par ailleurs été élevé au grade de général de division par Assimi Goïta. Élisée Jean Dao succède à ce poste au général Oumar Diarra, dont il était l’adjoint depuis octobre dernier.

Proche d’Assimi Goïta, Diarra a été nommé ministre délégué auprès du ministre de la Défense. Un portefeuille dont le chef de la junte a repris les prérogatives, après la mort de Sadio Camara, tué dans un attentat qui a visé sa résidence de Kati, dans les premières heures de l’offensive conjointe des rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA) et des jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), le 25 avril dernier.

Le contexte. À 53 ans, le général Dao prend les rênes des Forces armées maliennes (Fama) dans un contexte particulièrement difficile. Le FLA et le Jnim, qui forment désormais officiellement une alliance, ont infligé un sérieux revers aux militaires maliens et aux Russes d’Africa Corps. Lors de la prise de Kidal, ville symbole du nord du Mali, ces derniers ont notamment accepté de battre en retraite au terme d’une négociation avec le FLA.

Mercredi 6 mai, lors d’une conférence de presse, le porte-parole de l’état-major des armées maliennes a minimisé l’ampleur de ce qu’il a qualifié de « tentative globale de déstabilisation de l’État » ayant bénéficié de « soutiens internes et de sponsors externes ». Alors que plusieurs villes sont toujours aux mains du FLA, dont Kidal et Tessalit, le chef d’escadron Djibrilla Maïga a simplement évoqué un « réajustement stratégique du dispositif militaire ». Les soldats des Fama se sont notamment repliés à Aguelhoc et à Anéfis, d’où ils prépareraient une contre-offensive. Les forces armées maliennes ont par ailleurs mené plusieurs frappes aériennes ciblées, notamment sur Kidal.

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Dans le sud du pays, la situation sécuritaire est également précaire. Le Jnim a décrété un nouveau « blocus » de Bamako, et s’attaque aux convois de carburant, mais aussi, dans certains cas, à des camions transportant des denrées alimentaires. Selon plusieurs sources locales, les effets de ce blocus commencent d’ores et déjà à se faire sentir dans la capitale malienne.

Pourquoi c’est important. Cette nomination intervient alors que la junte a été fortement fragilisée par l’offensive du Jnim et du FLA. La retraite des hommes d’Africa Corps, qui ont abandonné Kidal et concentré leurs forces sur la défense de Bamako, a réveillé des rancœurs sourdes qui traversaient déjà l’armée avant le 25 avril vis-à-vis des alliés russes.

L’ampleur de l’offensive, menée de manière coordonnée et concomitante sur au moins sept villes du pays, a en outre mis en lumière les limites des services de renseignements maliens. Donné un temps pour mort – à tort – par plusieurs médias, le général Modibo Koné, patron de la Sécurité d’État, a lui-même été blessé pendant l’offensive. Cette incapacité à anticiper les attaques a aussi révélé la faible efficacité des échanges d’informations avec les services des pays partenaires du Mali, qu’il s’agisse de la Russie ou des deux autres pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Burkina Faso et le Niger

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L’assassinat de Sadio Camara, ministre de la Défense et interlocuteur privilégié de Moscou au Mali, a par ailleurs rebattu les cartes au sein de la junte. Invisible et silencieux pendant trois jours, Assimi Goïta semble désormais décidé à reprendre la main, tant sur le terrain militaire qu’au sein de l’appareil d’État. Le président de la transition a ainsi fait sa première apparition publique, le 28 avril, aux côtés d’une délégation de militaires russes conduite par l’ambassadeur de la Russie au Mali, Igor Gromyko. Une manière de réaffirmer sa volonté de maintenir le partenariat stratégique avec Moscou.

En reprenant les prérogatives de feu Sadio Camara et en choisissant Oumar Diarra, l’un de ses plus fidèles lieutenants, Assimi Goïta affiche son intention de reprendre également en main l’appareil sécuritaire.

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